Notre première nuit en Namibie aura été salvatrice, nous avions tous grand besoin de récupérer après ces dernières 36H éprouvantes, et c’est sur les coups de 7H que nous nous levons. Je crois en toute honnêteté que c’est la seule fois ou nous nous lèverons aussi « tard ». Il fait déjà bien jour dehors, le soleil commence déjà à prendre de la hauteur. Il fait bon, tous les signaux sont au vert! Nous nous installons au bord de la piscine pour le petit-déjeuner, abondant et très frais. L’estomac bien rempli et tous un peu excités à l’idée de prendre la route, nous procédons à la fermeture des valises, préparation d’une petite collation au cas ou, et il est temps de charger la voiture. Ça réveille, 4 grosses valises à soulever et à caser dans le coffre! Nous quittons Londiningi autour de 8H30, faisons le plein d’essence, et rejoignons sans difficulté la B1 vers le Nord.

Pour le côté « pratique », la voiture dispose de deux réservoirs de 80L chacun, ce qui nous laisse tout de même une autonomie entre 800 et 1000km sur le papier, selon la consommation. Route goudronnée car fréquentée, il nous faudra attendre un peu avant de passer sur des pistes de sables, elle est comme il y a 12ans, assez monotone et sans grand intérêt. C’est très confortable tout de même, rythme de croisière autour de 100km/h, on peut enfiler les premiers kilomètres tout en prenant nos marques dans la voiture. Nous avons environ 3H de route pour atteindre Okonjima, notre première étape, que nous avions déjà eu la chance de découvrir en 2012. Nous lançons le débat avec les enfants et leur donnons une lourde responsabilité, il faut donner un nom à notre voiture maison! Et tous les 3 doivent se mettre d’accord! Passez les propositions un peu fantasques qui sortent de leur imagination fertile, la discussion se focalise sur le manga favori de Léon, et que ses deux frères connaissent aussi, One Piece. C’est décidé, et pour le coup, nous trouvons que le nom choisi lui va très bien, notre voiture s’appellera désormais Luffy! C’est comme si elle déjà partie de la famille tiens! C’est en fin de matinée que nous rallions Okonjima, profitant des derniers kilomètres pour donner quelques précisions sur le lieu ses activités aux enfants. La fondation Africat le le lodge aident à la protection des grands félins, principalement les léopards, mais aussi les guépards qui pourraient être recueillis blessés, pour les soigner et leur offrir un espace de vie ou ils ne seront pas menacés par la vie humaine, s’ils venaient à ne pas pouvoir être relachés dans la nature. La réserve d’Okonjima est immense, environ 22.000 hectares! Si le lodge, magnifique par ailleurs, est hors budget pour nous, les campements restent très abordables, et permettent de profiter des activités proposées par le lodge. Nous finissons par apercevoir au loin le symbole du lodge, l’excitation monte d’un cran dans l’habitacle.
Notre premier moment de bonheur sera juste avant d’entrer sur les terres du lodge, puisque nous pouvons observer nos premières girafes, pour le bonheur de tous. Moment assez intense je dois dire, le silence se fait naturellement, et c’est je pense à ce moment-là que les enfants commencent à prendre conscience de où ils se trouvent, que rien de ce qu’ils vivront dans ce voyage ne ressemblera à leur vie habituelle. Check-in fait à l’accueil, l’endroit a vraiment changé et est magnifique, mais on ne s’attarde pas trop, on nous indique comment se rendre sur notre emplacement, nous réservons un léopard tracking pour l’après-midi, ainsi que la découverte de la fondation Africat pour demain matin. En arrivant sur site, nous ne pouvons nous empêcher de manifester notre enthousiasme avec Nathalie, nous sommes sur le même emplacement qu’il y a 12 ans! Promis, on ne fait pas du tout le même itinéraire, mais c’est à la fois émouvant et fun de se retrouver là, 12ans plus tard, avec notre fratrie.

Tels de vrais experts du camping, nous nous concertons pour le meilleur placement pour la voiture, vérifier la hauteur de l’arbre, trouver un maximum d’ombre, et allez hop, tout le monde descend! Le campsite est toujours aussi complet, douche privative, emplacement pour le braai, toilettes, lavabos, etc… Le grand luxe! N’ayant pas encore pris tous nos repères et nos automatismes pour l’installation des deux tentes, nous procédons en binôme avec Nathalie, appliqués et concentrés. Pour cette première, il nous aura fallut un bon 30min, et nous finissons en sueur, ce n’était peut-être pas la meillleure idée que de faire ça sous un soleil de plomb et par 33 degrés. Mais au moins, ce qui est fait, est fait! Les garçons sont euphoriques et nous appellent vivement, Jacob a vu 2 geckos sur le mur du WC en allant faire pipi. Nathalie reste à bonne distance, pendant que eux essayent de grimper sur la cuvette pour les voir de plus prêt, c’est l’anarchie totale dans les WC. Les pauvres bestioles finissent par se lasser de notre brouhaha et filent se cacher sous la toiture, c’en était trop pour eux! Mais c’est pas tout ça, l’aventure ça creuse! Les estomacs crient famine! Nous faisons des sandwichs, le premier braai, ce sera pour ce soir, au retour de notre exploration. Petit moment de répos pendant la digestion, profitant au maximum de l’ombre, pour ne pas surchauffer. Jacob lui est captivé par une colonie de fourmis, elles sont beaucoup plus balaises que celles de notre jardin, il ne perd pas une miette de l’activité qui se déroule à ses pieds.
Nous préparons nos sacs peu avant l’arrivée de notre guide avec son 4×4, les gourdes sont remplies, appareil photo prêt, casquettes vissés sur la tête, crème solaire étalée sur les visages, on grimpe dans le véhicule. Consignes de sécurité expliquées, il nous indique que les trackings sont d’excellents moyens de suivre l’évolution des léopards, que chaque sortie est différente et permet de récolter des informations importantes sur les individus observés. Notre objectif aujourd’hui sera d’aller à la rencontre si possible de deux femelles. Le véhicule démarre, c’est parti pour 3h de sortie! Le décor est verdoyant, vallonné, et les animaux commencent à apparaitre comme par enchantement. Quelques zèbres par ci, un troupeau de springbocks par là, tiens au fond là-bas ce sont 3 koudous que nous apercevons, nous sommes aux premières loges de tout ce magnifique spectacle. Euphorie totale pour notre trio de choc, ils sont au taquet! Le radar est sorti pour tenter de capter un signal, et indiquer une direction approximative vers où aller. On se prend au jeu en tentant de d’écouter nous aussi, et participer aux recherches. Nous roulons vers on ne sait trop où, Nord ou Sud, Est ou Ouest, mais on y va et c’est bien là le principal. On sait juste qu’il y aura un léopard à déceler dans le décor environnant.
Le signal semble s’intensifier, la tension monte clairement d’un cran pour nous. Le terrain est chaotique, la végétation très dense, et même en tentant de passer par des chemins annexes, même si le signal indique clairement que nous sommes tout proche, rien. Pas de léopard en vue. Je suis sûr que même elle, cette femelle que nous recherchons, elle l’entendait le signal émis par le radar depuis le véhicule. La frustration se mêle à l’espoir, à la confusion aussi, nos yeux scrutent comme ils le peuvent la végétation, le guide lui aussi est persuadé que nous y sommes, elle est à côté de nous, mais toujours rien. Nous allons tourner environ 45min autour de l’endroit ou serait le léopard tant espéré, mais rien. Rien de rien, pas une moustache, même pas une petite tâche noire à se mettre sous la dent. Honnêtement à ce moment-là du tracking, je me dis que ce n’est pas possible, on ne va pas passer si près de l’animal tant convoité, et rentrer sans l’avoir observé, ils ne vont pas nous laisser comme ça!
Communication par radios entre les guides, forcément on ne comprend absolument rien à ce qui se raconte, tout est un peu confus. Les garçons ne bougent pas trop, même si le temps commence à être long. Nous prenons une autre direction, le guide semble confiant, sourire de mise. Le temps passe, défile trop vite même, on doit garder espoir et surtout tenir les enfants en alerte, sinon le retour va être morose. Une entrée en matière comme cela, c’est tout simplement pas envisageable, on reste positif! Nous finissons par déboucher sur un point d’eau entouré d’un terre plein avec des broussailles, et la le guide se retourne, tout sourire: vous le voyez? Heu… j’ai une tête à avoir vu un léopard là? on se ressaisit, tout le monde sur le pont, et soudain, soudain: « là! il est là » la délivrance. derrière un arbuste, allongé à quelques dizaines de mètres de nous, ça y est, nous devinons ses tâches, il est là, sous nos yeux. Un joli mâle léopard répondant au doux nom de Yebo.



Le temps s’arrête, le véhicule aussi, l’animal est calme, nous adresse un regard. Premières photos, pas bien cadrées ni réglées (mais on s’en fout on appuie quand même, avant de se ressaisir) les garçons sont je pense très impressionnés, on entend les mouches voler. Yebo finit par se lever et partir, nous contournons le point d’eau et le retrouvons quelques encablures plus loin. Il est a quoi, 10 ou 20 mètres de nous? Le véhicule s’arrête à nouveau, comme le temps. Yebo prend la pause, baille tel un pacha, nous regarde de temps en temps, fait semblant de s’intéresser à un gnou un peu plus loin, puis se rallonge. Au bout de quoi, 20 ou 30 minutes, impossible de savoir combien de temps, il est déjà temps de laisser l’animal seul, le soleil commence à descendre doucement dans le ciel, comme dans tout drive qui se respecte, un petit apéro est prévu pour observer le coucher de soleil. Nous avons une vue imprenable sur les terres d’Okonjima , les couleurs deviennent plus chaudes, le paysage est splendide. Les enfants se permettent de nous poser une question tout à fait judicieuse: mais du coup, les léopards ils pourraient venir là? Alors, techniquement, oui, ils pourraient venir, mais vous savez, la viande de champenois, c’est pas trop leur truc. Excuse bidon, blague bidon, regard blasé de Léon, j’aurais au moins essayé… Nous faisons encore quelques photos sur place, mais il y a un petit bout de trajet avant de rejoindre Duffy, il est temps! Le crépuscule prend le pas sur la lumière, la pénombre s’installe rapidement, des silhouettes sombres se dessinent dans le paysage, des girafes sont venues nous dire au revoir. Le silence se fait dans la voiture, le garçons luttent pour ne pas s’endormir, nous nous répartissons les tâches avec Nathalie pour la suite. Le braai est encore possible, mais bon, ça veut dire encore 45min d’attente, et nous ne sommes même pas arrivés. On a un souvenir un peu particulier de 2012, ou nous nous étions perdus au retour d’un drive, avions roulé de nuit, pour arriver dans un camping sans lumière, à devoir s’installer à la lumière des frontales. On a pas besoin de se le dire, on est pas spécialement chauds pour retenter l’expérience.

Et puis… Et puis… Alors que l’on devine des lumières non loin de là, signe que nous ne sommes plus très loin, au moment de franchir un lit de rivière ensablé, le véhicule patine, ralentit, s’arrête, se bloque. Tentatives de sortir de là, le véhicule est normalement taillé pour ça, mais non, le truc improbable, nous sommes coincés. Hahaha, la bonne blague! Dans la réserve, dans le noir, dans un lit de rivière, la totale. LE guide et moi descendons du véhicule, je remercie le bon dieu d’avoir pris une lampe avec moi, et le constat est implacable. Le cric est sorti, il a l’air d’avoir déjà bien vécu, difficile de surélever la voiture pour désensabler les roues. Honnêtement là, je stresse. Tout le monde stresse. Le guide parce qu’il est ensablé avec des clients, nous parce qu’on se dit qu’on va se faire bouffer par un léopard, ou que des serpents/scorpions et autres joyeusetés vont croire à un festin. Après plusieurs essais, appel radio pour avoir du soutient, on ne pourra pas le sortir seuls. Attente… Enfants un peu déboussolés… Parents toujours pas rassurés… Après 15 bonnes minutes d’attente, une lueur apparait, un bruit de moteur se fait entendre, salvateur. Un véhicule arrive, avec… une seule personne, lol Bon ben on va s’en sortir maintenant qu’on est un de plus, hein?! Les guides discutent entre eux, je pense que le dernier arrivé est plus expérimenté que notre guide, le ton de sa voix est ferme envers son collègue. Le verdict tombe qqes instants plus tard, nous montons dans le véhicule « de secours », tous, sauf notre guide. J’ai du mal à y croire, on demande si c’est vraiment ok et pas trop risqué, mais visiblement nous sommes les seules personnes inquiètes. Et pour ce qui est des derniers kilomètres pour rejoindre notre campement, cela aura été des montagnes russes grandeur nature! On avance a une allure improbable, les garçons sont morts de rire, ça monte et descend à tout va, on est bien secoués, mais il est clair que notre 2nd chauffeur à une connaissance totale du terrain et du véhicule. Wow, bluffant!
Une fois débarqués on ne se fait pas prier, sandwich en 2 temps 3 mouvements, lavage de dents, nous montons dans nos tente encore un peu sous le choc de cet après-midi très riche. Nous laissons le choix aux garçons de s’organiser sur qui dort avec qui dans la tente 2places, la plus spacieuse, tout le monde en aura pour son compte et l’alternance sera de mise. Léopard, girafes, apéro, ensablement, montagnes russes en 4×4, on voulait des souvenirs, et bien on peut dire que nous avons été servis sur un plateau! Nous n’avons à vrai dire pas le temps de réaliser tout ça, tout le monde s’endort très rapidement au son des cigales et des geckos. Demain il faudra se lever tôt, aux aurores même, pour la découverte de la fondation Africat. Que c’est bon, d’être de retour. Je me le dis à chaque instant!










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