C’est la tête un peu embuée que nous ouvrons les yeux dans les tentes. Tout comme c’était le cas il y a quelques jours je me lève un peu avant tout le monde, vers 5H15 du matin, ne parvenant pas du tout à me rendormir. Je patiente un peu en essayant de ne pas trop faire du bruit, je suis de toute façon un peu coincé, j’ai la jambe de Léon sur les miennes, et Matisse dort en L je ne sais pas trop comment il a réussi à se mettre dans une telle position. Sommeil agité pour les garçons du fait des intempéries, difficultés à trouver une bonne position pour dormir, je suis dans le gaz. Je finis par enfiler mon short et mes sandales, les premières lueurs du soleil commencent à apparaître dans le ciel, je vais faire un petit tour rapide sur le point d’eau. Je ne m’attends en rien à voir un éléphant, ils n’auront pas fait plusieurs centaines de kilomètres dans la nuit, je profite simplement de la vue magnifique que le point d’observation offre.
Je contemple encore un peu la vue qui s’offre à moi, déjà un peu nostalgique puisque c’est aujourd’hui, après 4 journées remplies de moments fantastiques, que nous allons franchir les portes d’Etosha, et faire notre au revoir à cet endroit si particulier. Aujourd’hui marque aussi la fin du 1er tiers de notre aventure, c’est un bon moment pour faire le point sur le vécu, et force est de constater que nous avons été ultra privilégiés par le spectacle que la nature nous a offert. Cette marque de nostalgie n’est cependant que passagère, étant de nature à aller de l’avant et à toujours me projeter dans le futur, c’est aussi un bon moment pour flasher dans ma tête tout ce qui nous attend encore. Le désert du Namib, Fish River Canyon, Kolmanskop, le KTP, Sossusvlei, j’en oublie certainement à cet instant, mais je me remets en marche vers le campement en me disant que nous allons aussi retrouver dès ce soir un endroit que nous avions adoré en 2013, à savoir Palmwag. Même si c’est une journée que l’on considère comme « de transition » avec un trajet en voiture assez important, le point de chute évoque clairement de merveilleux souvenirs.
Et puis, avec notre belle rencontre d’hier, Thomas & Uli, nous savons que nous allons voyager en convoi aujourd’hui avec eux, ils nous ont déjà proposer de nous arrêter pour manger le midi dans un endroit qu’ils apprécient, et de passer ensembles dans les endroits à la fois magnifiques de notre itinéraire, mais qui peuvent être un peu sensibles parfois, dans la Grootberg pass. Bref, la journée sera belle. Nous ne sommes pas spécialement pressés de partir ce matin, le petit déjeuner se fait donc tranquillement, tout comme de remballer notre campement dans la douceur. C’est aussi l’occasion d’apprendre deux choses sur la Namibie, à savoir que la grue abandonnée proche de l’accueil servait à soulever les éléphants morts il y a encore quelques dizaines d’années, mais aussi que lorsque la nuit est venteuse, il y a souvent une petite bébête qui est de sortie. C’est ainsi qu’en posant mes mains sur les épaules de Léon, assis tranquillement sur une chaise de camping, et en voulant me baisser pour l’embrasser sur le crâne, nous baissons tous les deux notre regard à quelques secondes d’intervalle vers le sol, et Léon fait ce constat sans appel « Regard papa, un scorpion! », et de voir, à une dizaine de centimètres de la sandale droite de Léon et donc de son pied, un scorpion assez imposant avancer tranquillement. A ce moment là, il n’y a aucun signe d’affolement, nous sommes tous les deux je pense un peu trop médusés par la vision de cet animal dangereux. Je dis dangereux, j’en sais rien du tout en fait, ce machin là pourrait être mortel ou assez inoffensif, je m’en fous, c’est un scorpion! Alors mon premier reflex, c’est d’ordonner à Léon de ne surtout pas bouger, et de demander à Matisse et à Jacob, assis de l’autre côté de la table, de se lever en vitesse et de s’écarter. Comme les éléphants, les scorpions n’aiment pas que l’on se trouve sur leur route, et ne piquent pas si on ne vient pas les embêter. Les deux plus petits posent la question « Pourquoi papa » « il est où le scorpion? » Mais ils comprennent très vite au son de ma voix que je ne rigole pas, et qu’ils doivent s’écarter rapidement. Ce n’est qu’ensuite, quand le scorpion, qui continue tranquillement sa route et s’éloigne tout doucement de nos pieds, que je prends les garçons derrière moi, distance de sécurité, et nous suivons la bête, qui va se loger en dessous d’un cailloux à 2-3 mètres du campement. Nathalie, qui revenait de se laver les dents, est logiquement un peu éberluée par cette annonce, mais vient observer de loin cette curiosité matinale.
Pour être tout à fait franc et transparent, préalablement à notre voyage, j’avais répertorié des visuels des serpents et scorpions les plus dangereux et que l’on peut retrouver en Namibie, au cas ou. J’avais donc une bonne vingtaine de photo dans mon téléphone, répertoriant les spécificités de chaque spécimen, leurs comportements, leur dangerosité, ce qu’il faut faire en cas de piqûre/morsure. Et bien vous savez quoi, cela ne m’aura servi à rien! J’étais trop absorbé par l’évènement et focalisé sur la sécurité des enfants pour penser à quoique ce soit d’autre. Les garçons sont remontés fissa dans la voiture, et nous avons fini de ranger tout notre bardage. Le temps aussi de d’échanger avec nos compagnons de route du jour, nous allons rouler doucement jusqu’à la Galton Gate, sortir du parc, et faire une halte à Kamanjab pour manger. Nous prenons donc la route en direction du sud, et n’avons même pas roulés depuis 5min que nous mettons un grand coup de pédale à frein, à quelques dizaines de mètres de nous se trouvent 2 rhinos, entourés de quelques oryx. Merci Etosha, merci merveilleux Etosha, quoi de plus splendide que d’observer une dernière fois un tel animal, avant de quitter le parc? Rien. Absolument rien. Alors oui, merci de nous avoir offert un spectacle haletant et fantastique durant tout notre séjour ici. Et merci pour cet au revoir digne des meilleurs films.

Une fois que nous réalisons les formalités de sortie du parc, nous retrouvons pour quelques dizaines de kilomètres une route goudronnée, ce qui est loin de nous ravir. Nous sommes désormais habitués à rouler sur la piste, à la poussière omniprésente, mais aussi au charme que cela procure. Kamanjab n’a pas spécialement une très bonne réputation, parfois même un peu sulfureuse, mais c’est un passage obligé et un point stratégique pour refaire de l’essence, et refaire quelques courses dans un vrai supermarché, après avoir dû se contenter des petites échoppes des campsites. Dès notre arrivée, nos deux voitures ne passant pas inaperçu, nous sommes entourés d’enfants vendant des colliers ou de « surveillants de voiture », situation qui a toujours le don de me mettre mal à l’aise. Nous nous engouffrons dans le supermarché pour nous ravitailler, surtout en denrées sèches, gâteaux et féculents, mais aussi et surtout en eau, il était temps de reprendre quelques bidons de 5L. Une fois les pleins effectués et les denrées achetées pour nos deux familles, nous faisons une halte au Oppi-Koppi Campsite, qui combine un bar, un restaurant, mais aussi des logements et locations de véhicules type quads. Thomas & Uli nous recommandent vivement de découvrir un cocktail culte que l’on retrouve en Namibie mais que nous ne connaissions pas jusqu’à présent, le Rock Shandy. Il n’y qu’un soupçon d’alcool à l’intérieur, mélangé à de la limonade et du tonic, et le résultat est tout à fait convaincant. Très frais, léger et se dégustant à la paille, il est unanimement adopté! C’est sûr, nous nous équiperons de retour en France pour pouvoir en faire! L’endroit est sympa, déco un peu clichée mais vraiment cool, le repas est simple mais très bien réalisé. Nous parlons, nous découvrons nos deux compagnons de route avec grand plaisir, enfin surtout Nathalie, car même si je parle et comprend mieux l’allemand, leur accent ne me rend pas la tâche facile lol. Ils nous prodiguent de très bons conseils, sont adorables, La principale est qu’il faut que nous restions bien ensemble sur la seconde partie du trajet, il y aurait eu dans la région de Grootberg Pass des tentatives d’effraction dans des véhicules de tourisme, des pirates se faisant passer pour des agents faisant des travaux sur la route. Nous sommes prévenus, si pareille situation se présente, ne pas s’arrêter, surtout pas. Mais que nous devrons aussi profiter, et ça on le sait déjà, de la beauté de cet endroit, la route est tout bonnement magnifique, comme on en voit que dans les documentaires ou les films.




Un peu pris de court par le défilement du temps qui n’est pas tout à fait le même lorsque l’on passe un bon moment, il faut tout de même se résigner et remonter dans nos véhicules, au risque d’arriver trop tardivement à Palmwag. Le convoi se remet en route, bien décidé à veiller à ce qu’il n’y ai aucun contretemps 🙂 Et avec une grande hâte, c’est de retrouver Palmwag! La route devient comme dans notre mémoire, de plus en plus belle, impressionnante, intimidante même. Nous ne croisons presque pas de véhicules, la vue au devant de nous est sur des dizaines de kilomètres, grand beau temps, musique à fond, le bonheur! Nous aurons effectivement une petite frayeur avec une personne au milieu de la piste se faisant passer pour un travailleur, tentant sa chance pour entrer dans le véhicule, mais en montrant bien qu’il n’y avait aucune possibilité que nous nous arrêtions, appels de phare et klaxon, le pirate ne se sera pas essayé plus que cela à nous rouler. Cela reste une situation un peu stressante, il est vrai, mais au final anecdotique dans notre quotidien. L’autre confirmation c’est la beauté de Grootberg Pass, de toute beauté, qui annonce l’arrivée dans cet univers rocailleux et intimidant qu’est la région de Palmwag.




Passée la barrière sanitaire, il ne nous faut que quelques minutes pour rejoindre la réception du lodge, et récupérer la clé de notre campsite. Concernant cette barrière sanitaire, elle est établie pour préserver les cheptels d’animaux d’élevage de maladie contagieuse, surtout dans le sens nord -> sud. Interdiction de faire passer de la viande non cuite, du lait, des produits laitiers. La charcuterie elle passe sans problème, c’est à noter. Et lorsque l’on voyage comme nous dans le sens inverse habituel, ce n’est pas l’arrivée à Palmwag que cela peut poser soucis sur la nourriture, mais bien lorsque l’on en repart en direction du Sud. Le truc qui est complètement fascinant lorsque l’on arrive dans cette région reculée et inhospitalière, c’est de trouver de la présence humaine, mais surtout animale. C’est ainsi que l’on croisera quelques huttes, mais surtout de magnifiques girafes, qui sont au moins aussi étonnées que nous de voir de la vie en face d’eux. C’est d’ailleurs un facteur prépondérant dans notre choix de la Namibie plutôt que tel ou tel autre pays, la présence quasi permanente d’animaux sauvages, en dehors de toute réserve privée ou tout parc national, qui rend chaque observation unique en son sens. Cette girafe en est le meilleur exemple! Mais bref, check-in réalisé, nous prenons nos quartiers sur le campsite, superbement bien équipé. Toilettes et douche privées, tonnelle avec lavabo privatif, le tout dans ce splendide décor. Nous sommes accueillis par une ribambelle d’oiseaux, à la fois des tisserands ou des républicains sociaux, et surtout de magnifiques étourneaux du Cap. Si les deux premiers sont d’un jaune magnifique facilement identifiable, l’Etourneau du Cap a une robe qui vous surprendra en fonction de l’angle par lequel vous l’observerez. A l’ombre, vous penserez qu’il est noir, plus petit qu’un corbeau, et pas forcément très intéressant, alors que dès qu’il passera sous un rayon de soleil, son plumage bleu / bleu vert / pétrole le rend irrésistible. D’autant qu’il n’est absolument pas effrayé, au contraire il profite des denrées que l’on pourrait laisser à terre pour se nourrir. C’est limite s’ils viendraient prendre leur repas à la main. Ils nous réserveront une autre magnifique surprise, mais il vous faudra patienter quelque peu pour la découvrir 🙂
Installation du campement réalisée, les enfants n’ont qu’une idée, c’est de filer dans la piscine, la température dans cette contrée plus « montagneuse » un peu plus fraîche ne les affole pas le moins du monde! Je profite que Nathalie surveille la baignade pour aller vérifier les possibilités de drive organisées par le lodge, mais je déchante un peu, le rhino drive n’est pas accessible aux jeunes enfants, et les marches organisées ne le sont pas au bon moment pour nous qui ne restons qu’une nuit. Tant pis, soit, aucun regret, après ce long trajet, on peut aussi ne pas forcer la chose et laisser les garçons profiter de la piscine, c’est en tout cas ce que je me dis en commandant un bon apéro pour Nathalie et moi-même. A la fin de la baignade nous retrouvons Thomas & Uli, qui font une petite promenade à pied pour aller observer le soleil se coucher. C’est vrai ici plus qu’ailleurs, les lumières à Palmwag deviennent ahurissantes lors de ces moments en début/fin de journée, au point de ne pas en croire ses yeux. Mais pourtant si, le ciel est rouge sang, tout prend une teinte rouge sur le sol, c’est un régal pour les yeux. Le soleil disparaît bien trop rapidement à notre goût, mais nous profitons encore d’une belle lumière pour prendre un petit apéritif et préparer le repas. Pas de braai pour ce soir mais un combo nouilles au pesto + tranche de jambon digne de nos plus belles années étudiantes!



Repas englouti et vaisselle faite, nous jouons encore un peu aux cartes tous les cinq, avant de logiquement aller nous installer dans nos tentes, pour une bonne nuit de repos. Nous nous endormons, encore plus riches de nouvelles rencontres, de bon moments vécus, de belles découvertes, et d’instants passés ensemble. Demain nous franchirons à nouveau la barrière sanitaire, direction le sud, pour découvrir l’un des plus beau campsite de la Namibie, Mowani, mais aussi, nous l’espérons, glaner des infos pour aller voir des éléphants du désert. Vivement demain, n’est-ce pas?!










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