Après cette nuit ponctuée de bruits de chacals et d’imitations de lion (ou tigre, ou léopard, de chat, ou caméléon, c’est selon), le réveil sonne à 4H30 ce matin, ça pique tout de même un peu! Mais pour rien au monde nous n’aurions manqué ce réveil-là, avant l’arrivée du soleil, pour aller à sa rencontre, mais depuis un endroit si particulier. Lampe frontale sur la tête, nous finissons de vérifier nos 2 sacs à dos avec Nathalie pour faire le point, eau, appareil photo, encas pour se restaurer, crème solaire, casquettes, etc… Vient ensuite le moment de sortir les garçons de leur sommeil, avec un maximum de douceur tout de même, pour qu’ils s’installent à l’étage inférieur, dans les fauteuils, pour se rendormir pendant que nous plions les affaires et rangeons les tentes. Efficacité redoutable, nous parvenons même à prendre un café plutôt tranquillement avec Nath, on fonctionne quand même bien dans ce genre de situation. Nous laissons tout de même table et chaises sur place, puisque nous dormirons sur place cette nuit encore. Nous montons dans le véhicule, allumage des lumières, démarrage du moteur, le tableau de bord s’illumine, notre premier réflexe est de vérifier la température, et là, c’est un peu le choc. 29 degrés. Oui, 29! Pas un de plus, pas un de moins. Il est 5H30 du matin, nous allons faire une excursion dans le désert, et il fait déjà 29 degrés! Bon, on rajoute une gourde dans nos sacs, par sécurité!
Nous franchissons les portes du National Naukluft Park à 5H30, nous ne sommes bien entendu pas les seuls à prendre la route en direction des dunes de Sossusvlei, nous pouvons observer quelques phares devant et derrière nous. Mais au final, pas tant que cela, ce qui est en soit une excellente nouvelle, ce ne sera pas la cohue pour grimper sur les dunes, et nous pourrons profiter une fois de plus d’un moment privilégié. Les 55 premiers kilomètres se font dans le noir ou à la faible lueur du ciel qui commence à se lever, nous nous arrêtons au niveau du parking afin de prendre une navette qui nous conduira jusqu’à Sossusvlei. En effet, les 5 derniers kilomètres du trajet se font dans un sable mou, ou les enlisements peuvent survenir assez vite. Bien qu’équipés de tout le matériel nécessaire pour ajuster la pression des pneus, je ne souhaite pas prendre le risque de perdre du temps pour observer le lever de soleil, et nous préférons largement payer quelques centaines de dollars namibiens pour assurer le coup. Au final, pour nous 5, nous en avons pour 700 dollars, soit 32 euros pour le trajet aller-retour, ce qui est peu et beaucoup à la fois. Mais comme dit, je ne me sens pas de prendre le risque de perdre ce temps précieux, et c’est donc bien installés dans un van que nous effectuons les derniers kilomètres pour rejoindre le parking. Et comme nous nous en doutions, nous croiserons 2 ou 3 véhicules ensablés dès les premières centaines de mètres, nous confortant un peu plus dans notre choix. Le chauffeur lui n’a peur de rien avec son van, bien au contraire, et file à bonne allure, nous faisans arriver sur le dernier parking vers 6H30.

Nathalie a profité du trajet pour tartiner les garçons de crème solaire, hors de question d’y couper également pour les adultes, la lumière du jour est de plus en plus présente, il est désormais évident, même si cela ne faisait déjà guère de doute, que la journée qui s’annonce sera l’une des plus chaude que nous connaîtrons. Pas de vent du tout, pas de nuage du tout, malgré l’excitation liée à notre exploration du jour, il faudra faire preuve de la plus grande vigilance, les organismes seront mis à rude épreuve! Nous descendons du véhicule, mangeons quelques gâteaux secs et prenons un peu d’eau avant de débuter l’ascension de la dune Big Daddy, vantée en Namibie comme étant la plus haute du monde, mais étant en réalité la 3ème ou 4ème avec ses 390 mètres de hauteur. Cela reste un très belle bête, il ne faut pas se méprendre, la Tour Eiffel fait à titre de comparaison 300m de hauteur. C’est donc un vrai challenge que nous nous imposons aujourd’hui, et même s’il est clair que nous ne pourrons pas aller jusqu’au bout, l’envie de grimper le plus haut possible prédomine, pour pouvoir observer l’un des plus beaux lever de soleil qui soit sur notre planète. Et puis bon, les enfants eux, les challenges, ils aiment ça! Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est la difficulté de l’effort que cela demande! Ils ne tardent pas à le découvrir, passés les premiers pas sur la zone de plat avant de commencer à grimper sur la ligne de crête de la dune, le sable commence très rapidement à se glisser dans les chaussures, et il ne nous quittera plus!



C’est donc d’un pas à la fois déterminé mais lourd que nous entamons notre marche le sable est d’une finesse incomparable, nécessitant une certaine concentration pour ne pas tomber ou avoir un faux appuis. On a beau essayer de caler nos pas sur les traces laissées par les premiers randonneurs, l’ascension reste quelque peu laborieuse et exigeante pour nous 5, il nous faut nous arrêter régulièrement, ne pas trop forcer, et nous hydrater très régulièrement. Au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, c’est un paysage lunaire, non fantastique, qui se dévoile à nos yeux. A droite nous pouvons voir les arbres pétrifiés de Deadvlei, sur notre gauche la vallée qui s’étend sur des dizaines de kilomètres avec les dunes qui se terminent tout au long, face à nous c’est la cime de Big Daddy que nous voyons au loin, et derrière c’esst une étendue infinie de sable, avec les silhouettes de quelques marcheurs derrière nous. Si au départ, avec l’entrain et l’excitation nous parlions tous ensembles, là les paroles se font plus rares pour nous économiser et garder notre souffle, laissant place à un silence d’or, un or ocre qui s’étend à perte de vue. Le soleil semble être sur le point d’apparaître, nous faisons une première grosse halte, avec Deadvlei, pour prendre le petit-déjeuner le plus grandiose que nous ayons déjà vus tous les 5 ensembles. C’est beau, magique. Il n’y a pas d’autre mot. Nous voir tous les 5 ensemble, sur cette crête de dune, perdus au milieu de l’infini, dans un décor de rêve, c’est un moment que j’ai attendu, espéré, fantasmé, pendant des semaines, non des mois. Et maintenant, nous y sommes. Quel meilleur endroit qu’ici, quel meilleur moment que maintenant, qui mieux que nous 5? Et voilà que le soleil apparaît sur les hauteurs des dunes, nous éblouissant de sa puissance, et nous chauffant un peu plus. A partir de maintenant, et même s’il ne fait pas encore trop chaud, nous savons que le temps nous est compté, nos efforts vont prendre une autre dimension, avec la chaleur qui va se mettre à grimper. Mais pour le moment, rien d’autre n’existe, nous profitons de ce bon moment, les enfants semblent aussi être impressionnés et respectueux par ce qu’ils vivent, c’est très touchant. Quelques photos plus tard nous reprenons notre route, pour nous arrêter à environ 40-50% du trajet qu’il faudrait pour rejoindre la cime de Big Daddy, pour refaire quelques photos, et refaire une bonne halte. Le soleil rend les choses beaucoup plus compliquées, sans oublier que chacune de nos chaussure pèse 1 voir 2kg de plus avec le sable, et qu’il nous faut rester raisonnable. Mais être raisonnable, quand on est avec trois enfants, sur la crête d’une dune majestueuse, et que notre prochain objectif ce sont les arbres de Deadvlei, situé en contrebas, vous croyez que c’est possible? Vous nous croyez vraiment que l’on va refaire le chemin en sens inverse, plutôt que de dévaler la dune directement, quitte à se prendre des gamelles? Impossible! Après l’effort, place à un bon moment de rigolade, avec la descente de la dune, qui contrairement à la montée, aura pris 2-3 min à se faire, alors que nous venons de grimper plusieurs heures. Je fais le gars sérieux en faisant le premier de cordée et en essayant de faire des diagonales dans le sable, pour ne pas tout dévaler en courant, mais il était entendu que cela se terminerait en course entre nos trois loustics, pour rendre ce moment très fun, les photos que vous allez voir parlent d’elles-même! Arrivés en bas, premier réflexe, enlever les sable dans nos chaussures de marche, boire un coup, reprendre notre respiration. Puis se rendre compte que ça y est, face à nous s’ouvre un nouveau terrain d’exploration, fantastique lui aussi, à savoir Deadvlei et ses arbres millénaires, pétrifiés dans le temps…





Une fois que nous avons pu reprendre notre souffle, remettre nos chapeaux à peu près en place, nous voici donc face à la beauté de Deadvlei. Avant de se lancer dans une exploration ou chacun va pouvoir librement déambuler entre les arbres millénaires, nous faisons une petite présentation aux enfants. Les souches d’arbres qu’il voient ici ont vécues il y a plus ou moins 1000ans, et ne sont jamais entrés en décomposition à leur mort. Le climat chaud, sec, et sans aucune humidité (ou presque), n’a pas permis aux arbres de retourner à la Terre, et sont restés ainsi, figés dans le temps. C’est une formidable histoire à raconter, lorsque l’on caresse doucement l’écorce d’un arbre, on peut sentir toutes les fibres qui le composaient. La couleur grisâtre, ajoutée aujourd’hui à ce soleil de plomb, rend Deadvlei encore plus fantastique que dans mes souvenirs, Les couleurs sont exacerbées, que ce soit le sable rouge des dunes, la terre jaunie, ou encore le ciel d’un bleu infini. Tout est graphique, tout prête à la contemplation. Chaque pas que l’on fait ajoute un intérêt encore différent du précédent, les angles de fuite courent dans tous les sens, c’est le paradis pour les photographes, et les amoureux de la nature. Les enfants eux de leur côté regardent aussi les formes très variées des arbres, mais finissent par s’organiser une partie de cache-cache, à se planquer un peu partout derrière les arbres. Nous profitons que Deadvlei ne soit pas encore pris d’assaut par trop de touristes pour faire des photos, prendre la pause, ou tout simplement s’assoir pour contempler ce miracle de la nature. De mon côté, les photos s’emmagasinent dans la carte mémoire de l’appareil, j’y vais même à contre-jour, peu importe si je crame mon boitier, ce dernier aura déjà vécu de très belles histoires, et je me dis que s’il doit rendre l’âme, autant que ce soit dans cet endroit. Bon, j’en ai encore quand même un peu besoin pour la suite du voyage, je tâche de faire un minimum attention, mais j’avoue prendre un plaisir énorme à jouer avec les réglages manuels, essayer tel ou tel angle, les cadrages. Je me prends pour Yann Arthus Bertrand, pour Nicolas Hulot, ou je ne sais quel explorateur. Nathalie elle aussi explore, regarde, contemple, sourit en regardant les enfants s’amuser dans cet endroit. Nous restons autant que possible à profiter d’être dans cet endroit unique, mais nous sommes vite rattrapés par la chaleur, il est déjà environ 10H, le soleil est maintenant haut dans le ciel, et nos réserves d’eau commencent à fondre. Tout le monde se met en ordre de marche pour retourner au parking retrouver notre chauffeur, à contrecœur. Mais au final nous sommes tous assez épuisés par la marche dans le sable et l’exploration de Deadvlei, et la chaleur ne rend pas les choses plus faciles.
Le chemin du retour se fait dans un silence de cathédrale, à la fois crevés par ces quelques heures passées à Sossusvlei et le challenge de crapahuter dans les dunes, mais aussi avec des images et des sensations plein la tête. Nous n’essayons même pas de nous arrêter à une autre dune sur le chemin du retour, nous avons l’agréable surprise de découvrir qu’il fait déjà 37 degrés lorsque nous remontons en voiture vers 10H30. Une fois rentrés au campement nous profitons de l’ombre de notre magnifique arbre, et des quelques brins de vent qui apportent un peu de fraîcheur salvatrice. Nous n’avons ni la force, ni la volonté de cuisiner plus que cela, au menu de ce midi ce sera donc sandwich pour tout le monde! Il est difficile aujourd’hui d’envisager autre chose que de se reposer, la chaleur est littéralement écrasante, il est peu probable que nous aurons une journée plus chaude que celle-ci d’ici la fin de notre périple. Nous lisons, jouons un peu aux cartes, tout le monde est torse nu et vêtu au minimum. Il faut se rendre à l’évidence, aller à la piscine tout de suite et par cette chaleur serait de la pure folie, et ça les garçons ont du mal à le concevoir. Nous occupons le temps comme nous le pouvons, ce n’est pas avant 16H que nous nous mettons finalement en route pour la piscine, sous les hourras de notre voisin le Oryx, qui continue de se balader dans le camp, il est chez lui. Rapide coup d’œil avant de partir, histoire de se convaincre qu’il fait un bien une chaleur écrasante, le thermomètre indique un record de 42 degrés! Autant vous dire que même en allant se baigner, nous restons avec tous avec nos chapeaux et un tshirt, en 30min tout sera sec!
Les garçons lâchent un peu les chevaux et jouent sans retenue, personne n’est présent autour de la piscine, tant mieux! Nous restons un bon et long moment autour de cette dernière, en fin d’après-midi de gros nuages commencent à poindre le bout de leur nez autour du camp, avec de gros orages à l’horizon. Un vent très chaud se lève, on voit les éclairs fendre l’horizon, mais il ne passera pas au-dessus de nous, au final comme hier nous n’essuierons que quelques gouttes. En rentrant la routine s’installe, dépliage des tentes, séchage des affaires, et préparation pour un bon braai, cela nous manquait tiens! Saucisses et belles pièces de viande au menu, accompagnées de… chips… Ok j’ai honte, repas pas équilibré du tout! Mais allez-y vous, allez trouver une tomate ou un concombre dans le désert! J’aimerais vous y voir tiens! C’est exténués, mais mille fois heureux et reconnaissants pour cette journée merveilleuse que nous allons nous coucher sur les coups de 21H00. Personne ne se fait prier, malgré la chaleur les garçons s’endorment sans trop de difficulté, Nathalie et moi lisons un peu dans nos tentes respectives, je regarde une dernière fois également les photos du jour avant de m’endormir. Mes yeux brillent, c’est avec un sourire béa que je ferme mes yeux, rempli de toutes ces émotions formidables. Demain nous avons au programme une longue route, c’est encore ce qu’on pourrait appeler une journée de transition, nous allons quitter l’itinéraire que nous connaissions déjà avec Nathalie, pour descendre toujours plus au sud. Au programme, la plus belle piste de Namibie parait-il, et avec un peu de chances, des chevaux sauvages. Nous allons de surprise en surprise, et c’est tant mieux!

J15: D707, entre désert et montagnes, puis découverte de Klein Aus Vista!























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