Jour 5: De l’eau, du vent, des glaçons, l’Islande dans toute sa splendeur

Itinéraire prévu pour la journée:

 

Avoue, cher lecteur, qu’avec un titre aussi accrocheur, tu te doutes bien que je vais en prendre plein la tête de l’eau et du vent, et que ma journée ne va pas tout à fait se passer comme elle était prévue?! Et bien tu sais quoi, tu as raison! Enfile ta veste en Gore-Tex, tes palmes, et tes amarres pour ne pas te faire emporter par le vent, c’est un conseil! C’est donc avec un sentiment très partagé que je me lève, à savoir que j’hésite à vérifier ma boîte mail pour voir si ma sortie est bien maintenue, mais d’un autre côté je trépigne d’impatience à l’idée de profiter d’une nouvelle journée remplie de plein de bons moments…

Je m’installe confortablement dans la superbe véranda de l’auberge de jeunesse pour prendre mon café et mon skyr, et finit par découvrir la triste nouvelle. Les prévisions météo et les difficultés d’accès à la grotte de glace sont trop importantes, et ma sortie organisée par Glacier Guides est malheureusement annulée. Ce que je ne peux que comprendre finalement, les risques dans ces endroits si extrêmes peuvent être élevés, surtout si les conditions météo ne sont pas réunies. Mais tout de même, je commence à me poser la question, y aurait-il une malédiction qui plane sur ma tête? Souvenez-vous, déjà cet été, lors de notre périple autour de l’Islande, les 3 excursions que nous avions planifiées avaient été annulées! On passe donc à un bilan de 4 ratés sur 4, ça fait pas mal! C’était le seul écart que je m’étais accordé au niveau du budget pour ce voyage, je dois avouer que voir la somme revenir sur mon compte en banque est un petit pique de plus qui fait mal. Dans ces cas-là, il faut savoir relativiser, et se dire qu’on aura l’occasion de revenir, de la refaire, etc…, etc… Non mais non en fait, c’est une grosse déception pour moi je dois l’avouer.

Passé le coup dur de l’effet d’annonce, je vérifie une nouvelle fois les alertes météo, il semblerait que la tempête annoncée n’arrive pas avant le milieu/ fin de matinée sur la côte Sud Est de l’Islande, cela me laisse donc le temps de retourner à Jokulsarlon pour faire quelques photos, il faut dire que je me suis une nouvelle fois levé tôt, et que j’ai donc encore du temps devant moi. Et comme je dors dans cette même auberge cette nuit, je n’ai pas à ranger mes affaires directement, je peux voyager relativement léger aujourd’hui. Le temps ce matin n’est pourtant pas si mal, regardez un peu la vue depuis la véranda que j’avais:

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On sent bien que cela se joue à peu de chose, aussi je fais tout de même preuve de vigilance en conduisant, le vent est déjà bien fort. C’est donc aux environs de 9:00 que j’arrive à Jokulsarlon, et un constat s’impose: le parking de la plage est presque totalement vide, cela signifie que j’ai un terrain de jeu idéal pour prendre des photos. Et bien vous savez quoi, je ne sais pas si Dame Nature souhaitait se faire en quelque sorte pardonner pour ce changement de programme, mais ce matin la lumière est tout simplement irréelle. La force des vagues ajoute un côté dramatique au tableau général, il suffit juste de faire 100m à peine pour trouver une plage sans aucune trace de pas, bref cela force le respect. Enfin non, ce n’est pas le terme le plus approprié à mon sens, je me souviens très bien que le sentiment ultra dominant à cet instant, sur cette plage, c’était l’humilité.  Un cadeau qui s’offre à nous comme par enchantement, une nature dangereuse et imprévisible qui se dévoile dans tout sa splendeur, et une plage dont la beauté n’a pas d’autre égal sur terre. Je ne le réalise pas tout de suite, mais les photos prises lors de ce trop bref moment font partie de mes préférées du voyage.

IMG_9175IMG_9182IMG_9191IMG_9224IMG_9208IMG_9202Ma préférée, avec un aspect graphique qui me fascine

Et dans ce tête à tête très intime avec ce pays que j’aime tant, je vais avoir droit à l’un de ces moment qui nous ferait presque croire aux signes divins. Je ne l’ai pas réalisé sur le coup, mais en partageant une photo avec Nathalie, cette dernière m’a fait remarquer que j’avais eu droit à une réelle déclaration d’amour de l’Islande:

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C’est fou comment parfois cela se joue à peu de choses n’est ce pas? Par quel miracle, ou plutôt quel concours de circonstances cet iceberg, datant de probablement plusieurs milliers d’années, c’est retrouvé sur cette plage, façonné et poli par les vagues, pour former un coeur presque parfait, et s’offrir ainsi à mes yeux? Je suis de nature très cartésienne pourtant, et je crois que c’est aussi pour cela que j’aime l’Islande, elle me déstabilise dans mes certitudes. Après avoir déambulé pendant près d’une heure au milieu des icebergs, en pleine euphorie, je constate tout de même que le temps n’est plus à la fête, et que le vent est devenu vraiment violent. Je vais donc me garer sur le parking à moitié immergé à moitié gelé de la lagune de Jokulsarlon, et essaye de me motiver à sortir malgré les conditions de plus en plus compliquées. Et là encore, je vais avoir un signe qui va me faciliter la prise de décision. Alors que je suis dans l’habitacle du Duster, à préparer les réglages de mon appareil et à mettre mes vêtements les plus chauds, je commence à entendre des craquements. Il s’agit du craquement des clous des pneus de la voiture sur la glace, qui se fait plus présent lorsque des bourrasques de vent se présentent. Cela revient donc à dire que mon véhicule est en train de bouger sur la glace du fait du vent!!! Certes pas beaucoup, mais c’est largement assez pour me faire démarrer la voiture, et reprendre la route vers l’auberge de jeunesse, où je vais passer une bonne partie de la journée à l’intérieur, à me reposer, lire, et discuter avec le personnel de l’auberge. Une journée finalement bien au chaud et au calme, à l’abris de la tempête que l’on devine au dehors, et qui ne sera ponctuée que par la traversée d’un groupe de rennes à quelques dizaines de mètres de l’auberge. Je n’ai pas eu le temps de sortir mon appareil que ces derniers étaient déjà trop loin malheureusement.

Et puis finalement, vers 17H, je me décide à sortir tout de même un peu, le vent et la pluie sont un peu plus calmes, et je me mets en direction de Hofn, afin de refaire de l’essence notamment. Je souhaite faire un repérage des lieux également, car il semblerait, et je ne sais pas par quel miracle c’est possible, mais qu’une fenêtre de ciel bleu puisse se dégager vers minuit pour l’observation des aurores boréales. Autant vous dire que je vais tenter ma chance quoiqu’il arrive, je n’aurais a priori pas d’autre fenêtre d’observation possible. C’est également l’occasion de profiter d’une accalmie bienfaitrice lorsque j’arrive sur place, avec même des couleurs dans le ciel qui feraient rêver n’importe qui. Je croise même un couple d’allemands en pleine séance photo de mariage, je ne peux que plaindre la pauvre mariée qui doit être frigorifiée, mais ils semblent profiter à 200% eux aussi de cette fenêtre météo fort appréciable! Les paysages autour de Hofn sont magnifiques, C’est une région que je souhaiterais pouvoir explorer plus en profondeur lors d’un prochain voyage.

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Une fois la luminosité trop faible je retourne à l’auberge, dans laquelle je finis par retrouver mes deux compères originaires de Bordeaux, qui me font le point sur leur journée. Et là je vais connaître un grand moment de solitude: ils m’apprennent que eux aussi avaient une sortie pour visiter une grotte de glace aujourd’hui, réservée avec un autre organisme, mais que cette sortie n’a pas été annulée! Ils tenteront bien de me réconforter en me disant que l’accès, même en super jeep étaient une épreuve en soit, et qu’ils se sont retrouvés plusieurs fois à deux doigts d’être bloqués, mais rien y fait, je suis dégoûté! Bon passé le coup de l’effet d’annonce je relativise en me disant que c’était probablement mieux ainsi, mais tout de même, ça pique quand même un peu 🙂 Et puis nous discutons de cette possibilité d’observer des aurores boréales cette nuit, eux comme moi sommes résolus à tenter notre chance, malgré un taux de réussite forcément relativement bas. Renseignement pris nous décidons de retourner vers Hofn, ou nous allons pouvoir emprunter une petite route qui mène sur des hauteurs, et offre une vue splendide sur la ville. Malheureusement il y a un vent incroyable sur place, même avec un poids au total de 4 ou 5kg le trépied ne cesse de vibrer sous l’effet du vent, et rend toute photo impossible. On ne restera pas à cet endroit très longtemps, et tenterons de rouler dans les environs en quête des aurores, mais la couverture nuage semble bloquée par les montagnes environnantes, ce qui ne permet pas de voir grand chose. Je distinguerais bien un petit quelque chose à un moment donné, mais cela n’a vraiment rien à voir avec ce que j’avais vu lors de ma première nuit ici.

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Nous resterons donc sur notre faim ce soir, et rentrerons sagement à l’auberge, à discuter un peu autour d’une bière. Demain je devrais reprendre la route pour retourner sur mes pas, en effet il ne me reste que 2 petites nuits en Islande, que le temps passe vite! Le problème reste que je risque de devoir rouler sous des conditions difficiles, la tempête ne sera pas totalement partie, et il risque d’y avoir pas mal de rebondissements. On verra bien ce que cela donne, mais cela n’augure pas forcément grand chose de bon!

Jour 6: Sur le chemin du retour, la tempête

Jour 4: Des paysages de rêve en veux-tu en voilà

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